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l'auteur

  

 

Gilles Barbier
10 Chemin de Roche
Vernavent
38110 ROCHETOIRIN
gbarbier@aic.fr


 
Enseignant de formation
responsable informatique
dans un organisme public
de formation continue
pour adultes
(le Greta Nord-Isère
à Bourgoin-Jallieu)

Pratique le GF
depuis 4 ans
dans ses 3 formats de base
(chambres Sinar en 4x5 et 5x7
et Burke & James en 20x25)
Adepte des procédés anciens
(cyano, gomme
et Van Dyke en particulier).

 

 

Une porte d'entrée dans le grand format : faire des images rondes avec l'hybis 90

par Gilles Barbier

 



Bretagne © gilles Barbier

Introduction

C’est en mettant de l’ordre dans mon atelier photo un jour du mois de mai que j’ai redécouvert un dos springback 20x25 en bois muni de son dépoli (vraisemblablement d’origine Kodak), un soufflet 20x25 et un vieux Schneider Angulon (pas le Super Angulon) 6,8/90mm monté sur un Synchro Compur (au vu du n° de série il doit dater du début des années 50).

Caractéristiques de l'angulon de 90 http://www.schneideroptics.com/info/vintage_lens_data/
large_format_lenses/angulon/data/6,8-90mm.html 
Un avis sur ces objectifs par Kerry Thalmann http://www.thalmann.com/largeformat/wide.htm 

L’idée m’est venue de les marier pour construire un dispositif me permettant de mettre en œuvre et de vérifier quelques principes basiques en photographie, entre autres la distance focale, le cercle d’image nette, l’hyperfocale et les cercles de confusion. L'enfant issu de ce mariage sera une boîte à image à focale fixe.

Théorie

Pour cette optique le constructeur annonce les données suivantes :
Focale = 90,4mm
Cercle d'Image Nette à F16 = 154mm
Angle de champ = 81°

Donc si les objectifs donnent une image ronde, je devrais obtenir un image sous forme de disque, ne couvrant pas tout le plan film 20x25 et fortement vignettée sur la périphérie.

Cette optique étant fixe, sans possibilité de mise au point (j’ai abandonné l’idée d’utiliser le soufflet qui était superflu), j’ai opté pour un calage à l’hyperfocale. L’ouverture minimum étant F32, j’ai choisi de me caler à l’hyperfocale correspondant à F22.

Rappel de la formule permettant de calculer l'hyperfocale :
H = F2 / (f x c)
où H est l’hyperfocale, F la focale de l’objectif, f l’ouverture choisie et c la valeur du cercle de confusion.

Sur les conseils précieux et éclairés d’Emmanuel Bigler, que je remercie, j’ai choisi une valeur de cercle de confusion de 150 microns.
Ce qui donne le calcul suivant en ramenant tout en mm :
H = (90 x 90) / (22 x 0,15) = 2454mm soit 2,45m.
Donc si tout ce qu’on lit dans les livres est vrai… en faisant une mise au point à 2,45m, à F22 tout sera net de 1,20m (H/2) à l’infini.

Ces indications suffisent à placer correctement l'objectif, en augmentant ces distances de la petite extension de tirage correspondant à une mise au point sur l'hyperfocale de f/22 à 2,45m.
Pour cela on se rappelle que l'extension de tirage est égale dans le cas général à la focale divisée par le grandissement (ext = G/f), mais pour une distance de mise au point égale à l'hyperfocale l'extension de tirage est simplement -c'est ainsi que l'on trouve l'hyperfocale- égale à N.c, ici c=150 microns et N=22 soit environ 3,3 mm.

Ce qui nous donne une distance entre la face d'appui de l'objectif sur la planchette et le film réglé sur l'hyperfocale de 93 mm environ pour cet objectif particulier ; pour tout autre objectif de focale différente mais avec le même diaphragme et le même cercle de confusion, il suffit d'ajouter ces 3,3 mm au tirage optique ou mécanique de l'objectif utilisé.

La profondeur de foyer totale à f/22 étant égale à plus ou moins 22 fois le cercle de confusion de 150 microns choisi, soit plus ou moins 3,3 mm, on voit qu’on n’aura pas vraiment besoin d'instruments de précision pour faire le seul réglage initial de l'appareil.

Pratique

Toutes ces considérations théoriques étant admises, il fallait passer à la pratique. Quelques schémas et un plan définitif ont permis de déterminer les cotes de la boîte. Pour effectuer la mise au point à l’hyperfocale j’ai opté pour un montage de l’optique sur un tiroir coulissant. Le dos avec son dépoli est solidaire de la boîte grâce à des glissières latérales.


l'Hybis 90

Donner des cotes est bien difficile, car il faut calculer toutes les dimensions par rapport à la forme du dos de départ. La seule cote intéressante que je peux donner et qui ne devrait pas varier pour d’autres constructions (avec le même objectif) est la distance entre la face externe de la planchette porte objectif et la face interne du dépoli. Après calage à l’hyperfocale à F22 (2,45m) elle est de 92mm.


l'appareil ouvert

 

Toute la boîte est en contreplaqué de 8mm (les 4 côtés, la façade avant et les 4 côtés du tiroir). La planchette porte objectif est en contreplaqué de 3mm. Les glissières du dos sont en tasseau de 10x10mm, la partie fixe qui permet de guider le tiroir est en tasseau de 25x10mm. Tous les morceaux de contreplaqué ont été débités par un magasin de bricolage.
Pour la réalisation les seuls outils utilisés sont une perceuse portative, une scie sauteuse, une scie à dos et sa boîte de coupe et des serre joints.
Pendant la construction il faut toujours avoir à l’esprit l’étanchéité à la lumière et tous les moyens sont bons pour y parvenir.
Comme système de fixation sur le pied photo j’ai utilisé un écrou à frapper de 10mm engagé dans un perçage sur le bas de la boîte et noyé dans l’araldite.
La boîte terminée est poncée et peinte en noir mat à l’intérieur et à l‘extérieur. On fait un contrôle d’étanchéité avec une lampe de poche à l’intérieur, la lumière de l’atelier éteinte et on colmate les brèches si nécessaire (j’ai utilisé du mastic silicone noir).

On engage le dos dans sa glissière, on fixe l’optique sur la planchette et le tiroir est mis en place. On peut alors procéder au calage à l’hyperfocale. Pour cela j’ai réalisé une mire en noir et blanc au format A3 que j’ai placée à 2,45m de la boîte fixée sur un pied. La mise au point se fait en avançant ou reculant le tiroir. Lorsqu'on est au point sur le dépoli on repère la position du tiroir et on le bloque (je l’ai collé de l’intérieur).

Au final j'ai obtenu une boîte carrée de 310mm de côté, de 125mm d’épaisseur objectif et dos compris pour un poids de 2,2kg avec un châssis engagé.

Remarque : je n’ai pas fignolé les finitions externes, mon but étant d’obtenir du fonctionnel pratique et robuste. Ce prototype me permettra une construction identique toute en noyer cet hiver.

Les essais

On procède aux premiers essais : la boîte, un pied, un châssis chargé et une cellule, le tout dans la voiture et... 3 km plus loin le ponton sur l’étang est dans la boîte. Pas de film voilé, la boîte est bien étanche. Ces images ont été faites sur pied, à F22, sans visée sur le dépoli, à l’inspiration.


© gilles Barbier

Toutes les images présentées ici ont été tirées par contact sur papier baryté et c’est le positif scanné que vous voyez.

Pour moi, c’est une boîte facile à transporter, avec laquelle on peut dégainer rapidement compte tenu qu’on peut l’utiliser à main levée avec du HP5 (prévoir un petit niveau pour contrôler l’horizontalité). Le résultat et les images produites correspondent tout à fait aux attentes, des images rondes, typées, nettes apparemment bien en deçà de 1,20m, dont le CIN est de 175mm en moyenne. Les ciels sont très bien rendus et sur certaines images ils se terminent en filaments. C’est une constatation pour laquelle je n’ai aucune explication…

J’estime le coût de revient de cette construction à environ 150 euros (dos + Angulon + matériaux divers). On peut très bien imaginer de réaliser une boîte sans dos springback et dépoli. Il suffira de réaliser un logement dans lequel on insèrera le châssis (en étant précis pour bien avoir les 92mm entre la planchette et le plan film). Dans ce cas le coût de revient sera sérieusement abaissé, d’autant qu’on trouve en occasion des Angulon de 90mm pour 50 à 80 euros. Pour ceux qui aiment viser, on peut installer sur le haut de la boîte un viseur d’objectif 25mm (équivalent 24x36). Le cadrage est très proche de la future image sur le plan film (mais pas ronde !).


Bretagne © gilles Barbier
Cette image des chaos granitiques de Ploumanach et Trebeurden a été faite sur pied avec du HP5 sans visée sur le dépoli.

J’espère que ces propos permettront à quelques uns de mettre un pied dans le Grand Format en réalisant cette construction simple et très primaire qui permet de mieux appréhender et comprendre la réalisation d’images spectaculaires. Ensuite on pourra appliquer ces grands principes et créer d’autres boîtes avec des focales ou des formats différents.

Si j’ai appelé cette boîte Hybis 90, c’est pour HYperfocale Boîte à ImageS (toute ressemblance avec….). A vous de jouer et faire revivre les vieilles optiques en combinant format et focale tout en prenant bien sûr un maximum de plaisir.

Gilles Barbier Septembre 2005

 

 

dernière mise à jour : octobre 2005

 

     

 

tous les textes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs
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