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l'auteur

Alexandre Jeser est un photographe français dont les photographies se trouvent dans les collections de la Bibliothèque Nationale, du Centre Pompidou, du Musée Nièpce ou du Center of Contemporary Photography de Chicago. Il est représenté en France par l’agence Colibri. Il a en outre publié dans des magazines comme Animan.

Alexandre Jeser a beaucoup travaillé sur les insectes en macrophotographie, en 24x36 et au moyen format. Depuis quelques années il s’intéresse à la photographie de paysage en grand format, à l’espace naturel aussi bien qu’aux structures humaines et architectures qui viennent transformer le paysage.

Coordonnées d'Alexandre Jeser :
7, rue des Rossignols
66150 Arles sur Tech

Flat File Gallery, Chicago, 2001
Voix Off Arles, 2005
Lauréat de la Mission Jeunes Artistes, 2007

 

 

 

Alexandre Jeser : “Kant’s dream”
(2001-2005)

 


Alexandre Jeser © Astiers

 

Alexandre, pourquoi ce goût pour la montagne ?

La montagne me donne une sensation de sublime et de dépassement sans équivalent. Pour autant, je ne parviens pas à expliquer ce sentiment. Le paysage a-t-il quelque chose d’intrinsèque qui le rend sublime par lui-même? Ou est-ce moi qui le trouve sublime de manière subjective? Je reste perplexe. Les représentations que nous nous faisons de la nature sont des catégories de notre culture et de notre pensée. Ainsi, certaines cultures voient la montagne comme hostile et sans intérêt. La culture occidentale a fait de la montagne le lieu iconique d’une manifestation de la transcendance.

La représentation d’un paysage nous apprend plus sur nous-mêmes que sur le paysage lui-même. Etre attiré par la montagne signifie certainement une certaine correspondance mentale ou imaginaire. L’esprit s’approprie les formes et les espaces pour mieux en faire l’Etre-là de son existence. Kant a très bien exprimé cela. Terrible exigence que celle de la Montagne. D’où le titre ironique de cette série.

On peut facilement imaginer l’univers kantien se situer à des altitudes qui confinent aux étoiles. Pour résumer, le rêve kantien porte en lui tous les éléments propices à un tel monde visuel : la rencontre singulière des espaces du sublime et la géométrie des hommes comme “représentation” d’une pensée.

 


Alexandre Jeser © Brouillard

 

Quand on pense aux paysages de montagne, on pense plutôt aux « beaux paysages » d’une nature magnifiée ; pourquoi avoir choisi de montrer la montagne sous cet autre aspect ?

Il m’aurait semblé « malhonnête » de continuer à montrer des visions idéalisées alors que le paysage a tellement évolué. Le paysage que nous voyons aujourd’hui est l’aboutissement de la Pensée des Lumières menée à ses extrêmes conclusions : la foi dans le Progrès, l’Idée de l’Homme supérieur, la maîtrise de la nature, la possession totalitaire de l’espace. C’est l’accomplissement de l’Homme Prométhéen. Mais le contexte actuel tend à prouver la faillite d’un tel modèle.

La richesse de la photographie est justement de permettre plusieurs strates de lecture : la dimension documentaire n’est pas inférieure à la dimension métaphorique.


Alexandre Jeser © Bure

 

En regardant vos photographies on a l'impression que vous désirez mettre en scène une sorte d'absence monumentalisée de l'homme... vous pourriez accepter ce raccourci ?

Oui, cela résume bien les choses. Que restera-t-il de notre monde dans 100 000 ans? C’est très peu à l’échelle de l’espérance de vie des espèces, rien aux échelles géologiques. Sans pour autant faire acte de reportage ou démontrer des opinions politiques, l’art ne s’accomplit que dans la conscience d’une époque.

Certaines architectures que je photographie sont très emblématiques de l’utopie conquérante de l’homme. Il faut les aborder en tant qu’œuvres, pas seulement d’un architecte, mais comme objets d’une société entière. Elles deviennent des singularités qui posent la question de l’homme dans l’espace naturel. Il y a monumentalité mais pas glorification, comme si la grandeur était un rêve condamné à l’Abandon...

 


Alexandre Jeser © Cascade

 

En 20x25, on fait attention à prendre peu d'images en raison du coût de chacune. Comment savez-vous que vous êtes devant la bonne image, celle qui est à prendre ?

Ce n’est pas moi qui choisis le paysage. J’ai souvent l’impression que le paysage vient à moi tout seul. Quand un paysage intéressant s’ouvre ainsi à mon regard, il n’y a pas à hésiter, il faut le photographier. Quand je suis sur le terrain, il m’arrive de ne pas faire une seule image pendant une semaine, en général parce que la lumière n’est pas celle que je recherche. Puis je fais 8 images en quelques heures. C’est fréquent. Je gaspille malgré tout beaucoup de films, c’est ruineux...

 


Alexandre Jeser © Col d'Ornon

 


Alexandre Jeser © Décharge

 


Alexandre Jeser © Deux-Alpes

 

Une question saugrenue : pourriez-vous faire une bonne photographie dans le bruit ou dans la foule ? Ou encore : cette distance à l'homme qu'on voit dans vos photographies témoigne-t-elle d'un engagement esthétique ou des conditions d'un bien-être nécessaire à la prise de vue ?

La question est très pertinente ! Il m’est déjà arrivé de photographier en pleine foule. Il est vrai qu’il n’est pas confortable d’être un objet de curiosité avec cet appareil monstrueux qui soulève questions et réflexions. Mais là n’est pas le problème.

Mon but est d’évacuer l’anecdotique de l’image et de centrer l’intérêt sur les structures en présence. Je ne parlerais pas de distance par rapport à l’homme ; il n’est question que des interventions de l’homme dans ces photographies. Il en est de même d’un paysage façonné par l’homme que d’une œuvre d’art : la présence de l’artiste n’est pas nécessaire pour apprécier l’œuvre. Ainsi rendus à leur silence, les espaces peuvent pleinement se révéler à notre regard et raconter leur triste fable.

 


Alexandre Jeser © Devoluy

 


Alexandre Jeser © Hôtel

 


Alexandre Jeser © Piscine

 

Avec quel matériel travaillez-vous aujourd'hui ?

Depuis 10 ans, je travaille exclusivement avec une chambre Canham 8x10 et des objectifs 240mm Schneider, un 450mm Nikon, un 600mm Fujinon, plus récemment un 300mm Nikon.

Très récemment, je me suis équipé d’une chambre 4x5 Chamonix très agréable et très légère. Mais je préfère la 20x25 et je regrette de ne plus pouvoir la porter comme avant.

 


Alexandre Jeser © Puy St-Vincent

 

Recommanderiez-vous à un jeune photographe la prise de vue à la chambre 20x25 ? Quels conseils lui donneriez-vous ?

Je ne connais pas assez l’évolution des techniques numériques pour savoir si cela est toujours valable de travailler en 20x25. C’est un problème de poids plus que de budget. J’imagine qu’il faut également mettre de gros moyens pour acquérir un appareil numérique capable de concurrencer une chambre 20x25 (si cela est possible).

Le contact avec l’outil est essentiel. Pour ma part, je n’établis aucun vrai contact avec un appareil numérique. Quand je manipule ma chambre en bois de noyer et que je regarde le dépoli 20x25, je n’ai aucun doute : quelle sensualité dans la photographie à la chambre grand-format ! Quitte à faire le choix de l’argentique, il est intéressant de faire les tirages soi-même avec un agrandisseur. Agrandir un négatif ou une diapo 20x25 est une expérience forte. Quand on regarde un tirage argentique réalisé à partir d’un 20x25, il y a un surgissement du réel. Cela tient au fait qu’il n’y a pas eu rupture dans le continuum de la lumière. D’un bout à l’autre de la production de l’image, la lumière est intervenue pour que les choses adviennent et pour qu’une multitude d’éléments apparaissent.

N’oublions pas que le corps de la photographie, c’est la lumière. Quand la lumière n’intervient pas, ce n’est pas de la photographie, mais de l’imagerie.

 


Alexandre Jeser © Skate Park

 


Alexandre Jeser © Super Devoluy

 


Alexandre Jeser © Tennis

 

Quels sont vos projets actuels ?

J’aimerais approfondir la problématique du paysage naturel (qu’est-ce qu’une représentation de la nature brute, est-elle possible?) et d’autre part j’ai commencé une série de “portraits”. Après avoir été liés indissolublement dans mon travail jusqu’à présent, l’humain et le naturel vont peut-être raconter des histoires distinctes.

 


Alexandre Jeser © Vallouise

 

 

voir aussi cette page sur la technique d'Alec Jeser

 

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dernière modification de cet article : 2009

 

 

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